Les énergies renouvelables à l'Île Maurice

 

L’énergie est un enjeu primordial pour l’Île Maurice. En effet, de par son statut d’Etat insulaire, Maurice doit trouver ses propres moyens de production d’énergie et le gouvernement mise sur les énergies renouvelables pour satisfaire les besoins d’énergie toujours grandissants de l’île. En effet, Maurice jouit d’une forte exposition aux sources d’énergies vertes telles que le solaire, l’éolien sans oublier les énergies océaniques qui s’annoncent très prometteuses et qui attirent déjà un grand nombre d’investissements étrangers.

 

 

Ile Maurice : l’ambition d’une île verte

 

L’Ile Maurice consomme environ 350 MWh d'électricité par jour. Elle dépend actuellement du pétrole et du charbon importés pour satisfaire ses besoins énergétiques, avec seulement 18% produits à partir de sources d'énergies renouvelables, y compris la bagasse (résidu de canne à sucre). Le Central Electricity Board (CEB), établissement public de gestion du réseau électrique projette que l'île aura besoin d'environ 400 MWh tous les jours d’ici à 2025 et envisage de produire 60% de ses besoins énergétiques à partir de sources renouvelables. Selon le ministre de l’Energie et des Services Publics, Dr Rashid Beebeejaun, l'objectif de la transition énergétique est double : réduire les émissions de gaz à effet de serre et renforcer la capacité énergétique de l'île. Il ajoute que le gouvernement vise à « transformer Maurice en une île viable et faire d’elle un modèle de viabilité écologique ».

 

Le CEB a mis en place un système permettant aux particuliers de revendre leur énergie photovoltaïque. Ce système, similaire à ce que propose EDF en France permet de décentraliser la production et d’inciter la population à adopter des méthodes de production et de consommation vertes. En plus de cela, ces moyens de production sont avantageux pour les particuliers car leurs foyers étant autonomes énergétiquement, ils ne sont pas touchés par les coupures très fréquentes lors les périodes cycloniques. Selon Pavitra Maullo, ingénieur de l’entreprise Green Energy Manufacturing, « les investissements dans un tel système peuvent être couverts dans un délai de cinq ans pour un bureau et sept à huit ans pour un foyer. Ensuite, vous produisez, utilisez et vendez votre électricité pendant 20 ans ».

 

Ce système attire également les producteurs de canne à sucre qui sont confrontés à une baisse des prix du sucre et qui voient dans la production d’électricité via la bagasse un bon moyen de diversifier leurs sources de revenus. Les milliers d'hectares de plantations de canne à sucre abandonnés à cause du faible cours du sucre sont aussi des espaces offrant de grandes opportunités pour la production d’énergie éolienne.

 

Les grands groupes se lancent dans les énergies renouvelables

 

Le Central Electricity Board a aussi mis en place un programme d’incitation à la production d’énergie verte destiné aux entreprises implantées à Maurice. Parmi les premiers à profiter de ces incitations, les groupe ENL et Médine, deux des plus grandes entreprises mauriciennes qui se sont orientées vcers l’énergie photovoltaïque.

 

ENL a créé EnVolt, une entité du groupe, ayant pour but de piloter la politique du groupe en matière de production d’énergies renouvelables.

La première ferme de panneaux photovoltaïques du groupe a été installée sur le toit du Phoenix Mall. Sa capacité de production est de 730 kWh et cette initiative lui permet de réduire son empreinte carbone de 440 tonnes par an. La liste de clients d’EnVolt comprend aussi Ascencia, qui envisage l’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit de ses six centres commerciaux, Vivéa Business Park qui abrite le siège du groupe ENL. Les hôtels Beachcomber ont également manifesté leur intérêt pour les offres d’EnVolt.

 

De son côté, Médine installera sa centrale photovoltaïque d’une capacité de production de 17,5 MW sur un terrain de 21 hectares à Henrietta. Dès qu’elle sera opérationnelle, cette centrale pourra satisfaire les besoins en énergie de 12 000 foyers Mauriciens. Pour mener à bien ce projet, Médine s’est associée à Akuo Energy, premier producteur indépendant français d’énergie renouvelable.

 

Les investissements étrangers dans les énergies vertes à Maurice

 

En plus de créer de créer des programmes spécifiquement destinés aux particuliers et entreprises, Maurice attire des investissements de grandes entreprises ou institutions internationales envisageant d’investir dans les énergies renouvelables. Par exemple, le gouvernement mauricien a bénéficié d’un prêt de 10 millions de dollars de la part du Fonds d’Abou Dhabi pour le développement (ADFD) et de l’Agence internationale de l'énergie renouvelable (IRENA) dans le cadre de la mise en place de projets photovoltaïque solaire.

 

Le prêt permettra au Central Electricity Board d’installer des panneaux solaires sur les toits de 10 000 maisons pour permettre à 35 000 habitants de réaliser des économies sur leur facture d’électricité. Le projet aidera aussi le pays à produire 10 mégawatts d’énergie verte réalisant ainsi des économies de l’ordre de 35 millions de dollars par rapport aux importations de carburants.

Selon M. Adnan Z. Amin, Directeur général de l'IRENA : « De nombreux pays en développement ont du mal à accéder au financement de l'investissement dans les énergies renouvelables. Nous sommes ravis que notre partenariat continu avec l'ADFD fournira une source de financement stable et peu coûteuse pour aider Maurice et le Rwanda à atteindre un avenir énergétique durable ».

 

Un autre projet, détaillé dans le prochain paragraphe, porté par des investissements australiens  concerne la production d’électricité par l’énergie des vague. En effet, l’expertise  de l’énergie houlomotrice est très bien maitrisée par les entreprises australiennes qui ont vu en Maurice un potentiel d’affaires important. L’énergie océanique est un exemple des nombreuses collaborations possibles entre Maurice et l’Australie.

 

Il est à noter que ces projets s’inscrivent dans le cadre de la politique du gouvernement visant à faire de Maurice un Etat à haut niveau de revenu tout en réalisant ses objectifs d’énergies renouvelables.

 

Le potentiel de l’énergie océanique à l'Île Maurice

 

Avec ses 2,3 millions de kilomètres carrés de zone économique exclusive, Maurice est stratégiquement  bien placée pour exploiter l’énergie de l’océan. D’autant plus que l’océan offre de nombreuses sources d’énergies de différentes formes telles que l’éolien offshore, l’énergie houlomotrice (l’énergie de la houle), les courants océaniques, et l’énergie thermale et saline.

 

Des recherches préliminaires sur l’énergie éolienne offshore et sur les énergies houlomotrices ont été réalisées dans les eaux de Maurice et de Rodrigues ont donné des résultats encourageants et le MRC (Mauritian Research Council) affirme que le secteur des énergies offshore offre « d’énormes potentiels » à l’Île Maurice. En effet, après les parcs éoliens sur terre, Maurice compte maintenant investir dans des parcs offshore. Des sites à Flic-en-Flac et à Mahébourg ont été identifiés comme étant aptes à accueillir de tels projets. Le gouvernement s’est engagé à faire de l’économie océanique une industrie importante pour soutenir sa diversification économique, la création d’emplois et de richesses.

 

Pour ce qui est de l’énergie houlomotrice, le MRC s’est associé à l’entreprise australienne Carnegie Wave Energy Ltd pour étudier ses perspectives de développement à Maurice. L’entreprise australienne a pu soumettre, par le biais de l’Australian High Commission in Mauritius, un rapport au ministère des Finances et du Développement Economique. Ce rapport comprend notamment une feuille de route sur les énergies renouvelables à Maurice (faisabilité technique, commerciale et financière), une évaluation des ressources en énergie des vagues, l'identification d'un site privilégié et la conception d'une usine de dessalement sur l'île de Rodrigues. En plus de ce rapport, des dispositifs de surveillance des vagues sont installés depuis juin 2016 dans le lagon au large de Souillac (sud de l’île).