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LA VIE DES ENTREPRISES  ·  09 février 2017

Planter sa boîte : 7 Conseils pour éviter les difficultés de l'entreprise et surmonter l'échec

comment eviter les difficultés de son entreprise et surmonter l'échec témoignage d'un entrepreneur dirigeant d'entreprise

Ludovic Bréant a créé ou repris une centaine d’entreprises pendant 25 ans. Après avoir fait grandir son groupe jusqu'à 80 millions d'euros de chiffre d'affaires, il a été contraint à une liquidation judiciaire en 2011. Voici ce qu'il ressort d'une interview donné à Les Echos Entrepreneurs, dans laquelle il livre ses erreurs et donne des conseils pour s'en sortir.

 

Ludovic Bréant est un serial entrepreneur. Sa dernière aventure a mal fini... Pendant cinq ans, il a fait progresser le chiffre d’affaires de son groupe composé de diverses activités dans la construction bois, l’hôtellerie et l’immobilier de 0 à 80 millions d’euros. Malgré des fonds propres de 30 millions d’euros, l’entrepreneur connaît de fortes difficultés. Avec la crise des subprimes, le carnet de commandes de ses trois usines bois chute de l’ordre de 40 % en 2010, ce qui ébranle l’ensemble du groupe. Une procédure de sauvegarde est engagée. Elle durera un an et demi. Mais finalement, en 2011, le groupe est mis en liquidation judiciaire.Pour Les Echos Entrepreneurs, Ludovic Bréant revient sur ces épisodes, toujours un peu douloureux pour un entrepreneur. De cet échec, il livre quelques enseignements précieux pour tous les entrepreneurs. 

 

1 Se concentrer sur son cœur de métier

 

Un des facteurs clés de succès étant la maîtrise de la fabrication, Ludovic Bréant a voulu fabriquer en usine des modules de maisons à assembler. « C’était une erreur, surtout en période de crise. Cela a été le début de mon échec. J’aurais dû sous-traiter cette partie plutôt que de l’intégrer. J’ai voulu quitter mon cœur de métier qui était l’hôtellerie et l’immobilier pour me lancer dans la construction et l’industrie du bois. J’ai investi au plus mauvais moment, en 2008, quand cette industrie a connu des baisses spectaculaires de chiffre d’affaires. »

 

2 Calmer son impatience

 

En tant qu’entrepreneur, Ludovic Bréant s'est toujours fixé des objectifs ambitieux. « Chaque début d’année, je dressais ma liste : le cours de bourse, le chiffre d’affaires, le résultat à tel niveau avant la fin de l’année à venir. Ou encore, acquérir tant de biens immobiliers, créer tant de nouveaux concepts… »

Résultat ? une frénésie, une impatience qui finit par lui coûter sa lucidité. « J’ai privilégié un développement trop rapide et pas forcément maîtrisé de mon entreprise. J’avais pour ambition d’amener le groupe à un milliard d’euros en 2020, avec une forte présence à l’international. Ayant déjà connu beaucoup de succès auparavant, je ne me suis pas arrêté là. J’avais une telle soif de reconnaissance, notamment familiale, que j’ai toujours cherché plus. J’ai voulu combler un manque, un vide dans l’argent, l’acquisition, les nouveaux développements. J’ai compris trop tard qu’il ne faut pas aller chercher toujours davantage mais être en adéquation et fier de ce que l’on a déjà créé. »

 

3 Savourer le moment présent

 

L'anticipation a par la suite alimenté une forme d'insatisfaction chez Ludovic Bréant qui est devenu insatiable. « J’avais tendance à me projeter dans l’avenir en permanence. J’étais dans le besoin obsessionnel d’atteindre des objectifs, de réussir. J’étais si pressé d’arriver au futur que le présent était devenu une étape obligée. A peine commencé un rendez-vous, j’étais déjà pressé de passer au suivant. J’avais pris également l’habitude, dès qu’un objectif était atteint, de partir sur un nouveau projet sans prendre le temps de savourer l’instant, celui de la réussite… »

Pris dans une spirale de développement, Ludovic Bréant était alors incapable de jouir de sa réussite et de l'instant présent. « Dans ma quête du toujours plus, j’étais incapable de célébrer ce qui était. Rien n’était jamais assez bien, assez rapide, assez grand pour moi. L’adrénaline que me procurait cette course à la performance me poussait à une vraie frénésie de développement : créer de nouvelles entreprises, en racheter d’autres, rechercher la forte croissance à tout prix. »

 

4 Écouter son corps

 

Dans son "délire" de développement, Ludovic Bréant s'oublie lui même. Il n'écoute plus sa petite voix intérieure, ni même les signes précurseurs de son corps. « Le stress me rongeait de l’intérieur. Le lendemain où j’ai acheté une usine de production de 170 personnes, j’ai eu un lumbago terrible. J’aurais alors dû me dire "je ne suis pas sur le bon chemin, j’ai pris la mauvaise décision, je ne suis pas en accord avec moi-même". Il faut être sensible aux signes de son corps qui nous dit plein de choses. »

 

5 Affronter la réalité

 

Regarder les choses bien en face est une des conditions pour conserver sa lucidité. Ayant introduit en Bourse sa précédente société, Fidef en 2001, et l’ayant ensuite cédé à une banque, Ludovic Bréant avait un patrimoine personnel de plusieurs dizaines de millions d’euros qu'il va utiliser pour tenter de sauver son entreprise. « J’ai réinjecté 12 millions d’euros, dont 3 millions les six derniers mois car j’y croyais encore. Je m’obstinais à dire "Je vais y arriver, je vais redresser la situation". J’avais déjà connu dans ma vie de chef d’entreprise des hauts et des bas et m’en étais à chaque fois sorti par le haut. Mais là, le mal était trop profond. »

 

Malgré cet apport d'argent frais, l’entreprise se retrouve vite à court de trésorerie. Même chose, à titre personnel, pour Ludovic Bréant. « J’ai longtemps résisté et tardé à réagir pour ne pas déposer le bilan. Pendant un an et demi, je ne dormais plus, j’étais tendu de partout. Dans l’entreprise, j’avais du mal à payer les salaires en fin de mois. Avec les fournisseurs et les clients je ne parvenais pas à honorer les échéances. Avec ma famille, j’étais physiquement là sans être psychologiquement présent. Quand une structure va mal, après avoir tout fait pour la redresser, il faut prendre rapidement la décision de déposer le bilan pour ne pas gangréner les autres structures. »

Cette acceptation, c’est surtout au niveau psychologique qu’il faut la réussir. « Le dépôt de bilan ne doit pas être vécu comme une infamie, une honte. Il fait partie de la vie d’un chef d’entreprise. J’ai vécu une année terrible et au final, le jour du dépôt de bilan a été une vraie délivrance. »

 

6 Accepter de se faire aider

 

Accepter les remarques de son entourage, s’ouvrir aux autres, échanger avec le maximum de personnes possible sur la situation de l’entreprise sont de bons réflexes à adopter en cas de difficultés. « La réaction naturelle est de se renfermer, de se replier sur soi. Or c’est l’inverse qu’il faut faire. C’est après avoir beaucoup travaillé sur moi-même que j’ai commencé à écouter mes conseils et mes proches. Toutefois, les conseils avec qui j’ai pu échanger n’avaient pas connu cette situation. Mieux vaut aller voir des personnes qui ont vécu des difficultés similaires. »

Ludovic Bréant a suivi les conseils de son expert-comptable, et embauché durant une année entière un manager de transition de haut niveau spécialisé en gestion de crise qui a fortement restructuré le groupe par le biais de fusions, cessions et fermetures, et qui a remobilisé l’équipe de direction.

 

7 Déculpabiliser

 

« Entre les salaries des 500 salariés du groupe, les impayés envers les fournisseurs, les divers prestataires, je me sentais coupable d’avoir mis des gens en difficulté. Pendant des mois voire des années, j’ai culpabilisé. J’ai maintenant compris que j’avais fait du mieux que je pouvais. J’ai repris la gérance de toutes les entreprises pour que les dirigeants salariés ne vivent pas le dépôt de bilan. Presque toutes les entreprises ont été reprises, ainsi que deux des trois unités de production. »

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