Un réseau routier conséquent et en constante mutation

 

Le réseau routier de La Réunion est l'unique infrastructure permettant le transport de voyageurs et de marchandises à l'intérieur de l'île. Son organisation est marquée par la topographie chaotique de l'île ayant conduit à une urbanisation littorale qu'elle dessert en priorité. Historiquement, un train faisait office de colonne vertébrale pour les transports, mais il a progressivement été supprimé. Avec la congestion chronique des routes littorales, un projet de tram-train semble inéluctable.

 

Routes: les différents gestionnaires

Le réseau routier de La Réunion est géré, selon le type de voie, par le conseil départemental, le conseil régional et les communes.

 

Les routes nationales

C'est la direction régionale des routes (DRR), un service du conseil régional, qui est chargé de la construction et de l’entretien du réseau routier national à La Réunion. Les 360 km de routes nationales de l'île (dont 103 km de réseau à 2x2 voies) ont été transférés au Conseil Régional le 1er janvier 2008.

 

Les routes départementales

Depuis janvier 2007, les 750 km de routes départementales sont gérés par la Direction des Déplacements et de la Voirie du conseil départemental de La Réunion. 

Les routes départementales desservent l’ensemble de l’île et jouent un rôle fondamental dans le désenclavement des parties hautes et des quartiers, tant sur le plan économique, social que culturel. On peut également souligner leur contribution considérable au développement de l’urbanisation, en particulier sur certaines routes départementales comme la Route Départementalen° 41 dite Route de La Montagne, ou la Route Départementale n°6, dite Route de Plateau Caillou.

 

Les voies communales 

Elles appartiennent aux communes. La voirie communale est la plus importante du département avec plus de 1600 km de voies. Chaque commune est responsable de l’entretien et l’exploitation du réseau routier communale de son territoire. Dans certains cas, cette responsabilité est confiée à une communauté de communes, d’agglomération.

L’île de La Réunion n’est pas très grande, mais son relief mouvementé contraint largement les déplacements. Seul un axe principal fait le tour de l’île (via RN1 et RN2), et un autre la traverse de l’Est au Sud (via RN3). Pour le reste, un réseau de plus 3000 km de routes départementales et communales dessert plus ou moins facilement à peu près tous les coins de l’île. De plus, la climatologie tourmentée joue elle aussi un rôle essentiel, car en cas de fortes pluies ou de fortes houles, le trafic de La Réunion s’en trouve immédiatement impacté, et le réseau peut assez vite être paralysé (coupure route du littoral, coupures radiers, éboulis…). Ainsi, même pour les routes et la circulation, La Réunion est… intense. De fait on a plutôt tendance à parler ici en temps de trajet et pas en nombre de kilomètres, en voiture et à pied aussi d’ailleurs.

Route des Tamarins

La route des Tamarins a ouvert le 23 juin 2009, elle est longue de 34 kilomètres, reliant les communes de Saint-Paul à L'Étang-Salé en longeant le flanc des premières pentes des Hauts de l'Ouest du territoire. Elle permet désormais d'assurer une liaison routière à 2 x 2 voies autour des trois-quarts de l'île depuis Saint-Benoît jusqu'au Tampon, exception faite de l'entrée ouest de Saint-Denis, entre le pont Vinh-San et la route du Littoral.

 

Ce projet était déjà considéré comme la plus importante infrastructure routière jamais réalisée à la Réunion (33,7 km de tracé, 120 ouvrages d’art dont 4 viaducs monumentaux et 23 ponts non courants, 9 échangeurs routiers). En 2007, il s’agissait du plus gros chantier routier français et l’un des plus importants à l’échelle européenne. Côté technique, il fallait composer avec un terrain aux caractéristiques géologiques, climatologiques et hydrologiques complexes générant des contraintes très fortes tout au long de sa phase de conception et dans ses modalités de réalisation en raison de l’hétérogénéité et des incertitudes du terrain.

 

L'itinéraire est particulièrement remarquable par la densité de ses ouvrages d'art, cent vingt-trois au total, dont quatre de catégorie exceptionnelle. La route franchit en effet un grand nombre de ravines. Elle a été nommée par référence au tamarinier (Tamarindus indica), localement appelé « tamarin pays », arbre régulièrement présent dans les paysages que traverse la route.

 

Au total, la réalisation de la route des Tamarins aura coûté 1 091 millions d'euros, soit un surcoût de 75 % par rapport au budget prévu en 2000 de 635 millions d’euros. Initialement sous-évalué de 10 millions, le montant de l'opération avait déjà augmenté de 127 millions avant le début des travaux en 2005.

 

Le financement a été assuré par la Région Réunion, maître d'ouvrage, à hauteur de 900 millions environ, dont 500 millions en fonds propres grâce au « fonds d'intervention routier de transports », le FIRT, qui est abondé par la perception locale de la taxe sur les produits pétroliers et dont 400 millions par voie d'emprunt. Le complément a été apporté par l'Union européenne, sur ses fonds structurels d'intervention.

Nouvelle Route du Littoral

Pour décongestionner un trafic routier saturé de 60 000 voitures/jour et sécuriser cette route en corniche régulièrement affectée par les éboulis de la falaise ou des intempéries qui obligent à des basculements de circulation, la Région Réunion a lancé le chantier de la Nouvelle Route du littoral en décembre 2013, sous la première mandature du président Didier Robert. Le projet est titanesque. Il s’agit de construire un axe routier long de 12,5 km dont la moitié serait posé sur un viaduc maritime, le plus long de France.

 

L’édifice accueillera une 2X2 voies, une voie pour un futur transport en commun en site propre (TCSP)ainsi qu’une piste cyclable. À ce projet d’infrastructure gigantesque, s’impose le défi supplémentaire d’édifier une structure capable de résister aux assauts de la houle et des cyclones.

 


En 2010, le projet de la Nouvelle Route du Littoral intervient dans un contexte économique difficile. La crise de 2008 fragilise fortement le secteur du BTP à la Réunion. Le secteur avait perdu près de 10 000 emplois en deux ans, et avait vu son chiffre d’affaires annuel chuter de 30%. Sauver l’économie du BTP par le chantier de la NRL, un argument que Didier Robert n’a pas manqué d’avancer.

 

« Au-delà de sa finalité première qui est d’offrir à la population un axe de circulation sécurisé entre Saint-Denis et La Possession, le chantier NRL apporte une bouffée d’oxygène à l’économie locale, et d’abord au secteur du BTP qui a subi la plus grave crise de son histoire depuis 2008. La majeure partie des travaux du chantier NRL sont réalisés par des entreprises locales » (Président de Région Didier Robert)

 

La politique économique de la Région Réunion depuis 2010 reste centrée sur l’aide aux entreprises et sur la réalisation des grands chantiers réunionnais pour rééquilibrer l’aménagement du territoire, tout en nourrissant les carnets de commandes des entreprises locales, et par là l’emploi. Une politique régionale qui produit de résultats puisque La Réunion a observé une croissance de plus de 3% en 2014, alors qu’elle était voisine de 0% en 2010.  Mais sur ce chantier, on retrouve également de grandes entreprises françaises de construction. Les deux principales tranches du chantier de la NRL ont été confiées aux groupements Vinci/Bouygues et GTOI (Colas, filiale de Bouygues) /SBTPC, pour un montant de 1,2 milliard d’euros. En troisième position, on retrouve le groupe Eiffage qui a obtenu l’appel d’offres pour le Viaduc de la Grande Chaloupe.

 

 

Autour de ces grandes entreprises, gravitent des entreprises locales. C’est le cas du leader incontesté sur l’île en production et vente de granulats, la Société de Concassage et de Préfabrication de La Réunion. La SCPR est une filiale de GTOI, elle-même filiale du groupe Bouygues. Le deuxième plus important gérant de carrière de la Réunion est la société HOLCIM, également leader avec Lafarge dans le domaine du ciment. L’intégration de ces entreprises locales résulte de l’exigence émise par le Conseil Régional de recourir en priorité aux carrières locales pour la fourniture de matériaux.

Vers une insertion de la Réunion dans le développement de la croissance africaine ?

C’est l’ensemble de l’économie réunionnaise qui profitera sur le long terme de la Nouvelle Route du Littoral. Cette infrastructure sécurisée facilitera la liaison ouest-nord-est de l’île et ainsi réduira le temps de transports (marchandises et hommes) entre ces deux parties de l’île. A l’image de ce qui s’est passé pour la Route des Tamarins (qui a diminué le coût de transport par 3 entre le Nord et le Sud) la NRL est une infrastructure qui jouera favorablement sur la productivité des entreprises (réduction des coûts de transport, extension des marchés et donc du chiffre d’affaire).

 

Cette refondation urbaine est une condition nécessaire pour projeter La Réunion dans le 21eme siècle et dans l’ère mondialisée qui concernera prochainement le continent africain (4eme territoire de mondialisation). Pensons que d’ici 25 ans, pas moins de 6 villes de la côte Est africaine seront des mégapoles de 20 millions d’habitants.