La Réunion et l'Île Maurice : les îles SŒURS

L’antenne économique de La Réunion est présente depuis maintenant trois ans à Maurice, de nombreux projets ont émane de cette alliance. Le dernier en date, une académie d’innovation industrielle que veulent créer l’Association pour le Développement Industriel de La Réunion (ADIR) et son homologue de Maurice, l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM). Cette « ambassade » de La Réunion a pour principale mission de renforcer la coopération institutionnelle et économique. Elle accompagne, en cohésion avec la Maison de l’Export à La Réunion (émanation de la Région Réunion elle aussi) et le représentant du club Export Réunion à Maurice, les entreprises réunionnaises qui veulent s’implanter sur le marché mauricien ou faire de Maurice une plateforme pour conquérir d’autre marches, en Afrique notamment. L’antenne offre aux entreprises un appui logistique avec la mise à disposition de salles de réunion et de conférence et elle facilite les relations avec les professionnels de Maurice.

 

Les relations économiques et commerciales entre les deux îles ont connu un certain essor qui n’apparait pas dans les statistiques douanières-ci. En effet, celles-ci ne prennent pas en compte les ventes de services ni l’activité des filiales d’entreprises réunionnaises à Maurice. Durant ces trois dernières années, plus de 1,5 million d’euros de marches de services ont été remportes par des entreprises réunionnaises à Maurice. Pour les échanges de biens, la balance penche nettement en faveur de Maurice. En 2017, La Réunion a importé pour 90,4 millions d’euros et n’a exporte que pour un montant de 17,9 millions d’euros. Encore peu même si la tendance est à la hausse par rapport à 2016. On constate aussi que les implantations réunionnaises sont à la hausse. En trois ans, l’antenne de la Région Réunion en a recensées 36 dont 16 en 2017. Parmi elles Corail Hélicoptères qui a ouvert une filiale mauricienne et a obtenu l’autorisation d’opérer. Il est vrai que toute implantation, à Maurice comme ailleurs, doit prendre en compte la gestion des risques interculturels.

 

Au-delà des implantations de part et d’autre et de la concurrence qui peut naturellement se manifester, la coopération a du sens dans la conquête de nouveaux marches extérieurs au deux iles. En Juin 2017 a eu lieu la première mission conjointe Maurice-Réunion de prospection économique en Afrique du Sud. Et en Octobre 2017, Maurice a invité La Réunion a participé à des missions de prospection en Côte d’Ivoire. Pour accompagner ce mouvement, les deux agences de promotion des territoires – Nexa pour La Réunion et l’Economic Development Board (EDB, ex-BOI) pour Maurice – ont engagé un travail commun pour le développement conjoint des marches africains Un accord de partenariat devrait être signe courant 2018. Le marché réunionnais est un marché émetteur important pour le tourisme mauricien. Avec 141 381 visiteurs réunionnais en 2017, il s’agit même de la deuxième marche après celui de la France Métropolitaine. D’autant plus intéressant qu’il se manifeste pour une bonne part en contre-saison. Depuis peu, on constate également un flux plus important de touristes mauriciens à La Réunion. Ils ont été plus de 30 000 en 2017, contre 21 000 en 2016, soit une progression de 42,8%. L’avantage est que ces arrivées ne sont pas concentrées sur la haute saison.

 

Alors que le concept d’Ile Vanille semble encore se chercher, un premier road show conjoint Maurice-Réunion a été organisé, en Juillet 2017, en Chine. Il s’agit du premier exercice de promotion commune des deux iles dans l’ex-Empire du milieu. Maurice a la volonté affichée de devenir, d’ici 2030, une économie a revenu élevés, la question de l’innovation et de la recherche & développement (R&D) devient cruciale. La Réunion peut accompagner cette transition. L’Association pour le Développement Industriel de La Réunion (ADIR), qui regroupe les principaux industriels, et son homologue l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM), ont entrepris de créer une académie d’innovation industrielle pour joindre leurs forces. Un financement INTERREG (programme européen visant à promouvoir la coopération entre les régions européennes) sera mobilisé à cet effet. D’ailleurs, sept projets R&D sont en cours et finances par le programme opérationnel européen INTERREG V (2014-2020). La pépinière CB-Tech du Cyroi (Cyclotron Réunion Ocean Indien), tournée vers les start-up spécialisées en sciences du vivant, a commencé un rapprochement avec l’incubateur du groupe mauricien ENL, La Turbine. La Technopole de La Réunion, pour sa part, accompagne la structuration de l’incubateur de Rodrigues. Un accompagnement qui pourra bénéficier de fonds européens.

 

Preuve qu’il est possible de créer de la substance, l’écosystème de l’innovation à La Réunion commence à trouver écho auprès des fonds d’investissement mauriciens, a la recherche de leviers de croissance. L’une des opérations les plus importantes est l’investissement d’un million d’euros réalisés par COMPASS, le fonds de capital-risque du groupe ENL, dans REUNIWATT. Un investissement qui fait de COMPASS un actionnaire minoritaire mais stratégique de cette start-up qui, avec sa vingtaine de collaborateurs, principalement ingénieurs et docteurs, développe une expertise unique au monde en matière de prédiction de la production photovoltaïque à 24 heures. REUNIWATT valorise la vision par satellite géostationnaire en temps réel, et de manière opérationnelle, sur toute la ceinture intertropicale. L’entreprise délivre ses services de la Nouvelle-Calédonie à la Californie. Elle est également propriétaire de plusieurs brevets de technologies de terrain et partenaire du producteur d’électricité Albioma pour la gestion d’une centrale photovoltaïque de 1 mégawatt, à Saint Leu, à La Réunion. De quoi séduire COMPASS qui a fait de l’énergie l’un de ses secteurs prioritaires.