Axe 5 – Renforcer la prévention des risques, la gestion rationnelle des ressources et la valorisation du patrimoine

Prévention et adaptation face aux risques de glissement de terrain et d'écoulement des eaux

La Réunion fait partie des régions françaises les plus exposées aux risques naturels, du fait des conditions climatiques tropicales, de son contexte géodynamique ainsi que de sa morphologie géologique récente. Toutes les communes de l’île sont concernées par au moins cinq des aléas naturels majeurs et 16% de la population réunionnaise est fortement exposée aux risques naturels. Les plans de prévention des risques (PPR) constituent l’un des principaux outils de prévention des risques et s’imposent aux documents d’urbanisme. Par ailleurs, le risque cyclonique bénéficie, depuis des années, d’une approche de prévention exemplaire.

 

La combinaison des caractéristiques topographiques, géologiques et climatiques de l'île provoque régulièrement des glissements de terrain et des éboulements, notamment dans les Hauts. Ces phénomènes menacent les populations et rendant fragile et souvent impraticable une bonne partie du réseau routier.

 

Pour y répondre, le FEDER soutiendra

  • les travaux de sécurisation routière permettant de s’affranchir des risques d'éboulement (filets, gabions) et d'inondation (remplacement des radiers submersibles par des ouvrages plus sécurisés)
  • l’observation et la compréhension des mouvements de terrain dans le contexte du changement climatique.

 

La prise en compte du risque d'inondation, auquel La Réunion est très exposée est détaillée dans l'axe 8.

Favoriser une gestion équilibrée et durable des ressources en eau

  • Qualité et distribution de l'eau potable 

La qualité de la ressource et des réseaux de distribution pour les différents usages, et plus particulièrement la qualité de l’eau potable distribuée, constituent une préoccupation majeure pour le territoire. En effet, 74% de la population est actuellement alimentée en totalité ou en partie par des eaux superficielles, sujettes à des contaminations bactériologiques ponctuelles ou à des phénomènes de turbidité, notamment lors de fortes pluies. Les communes de l'île accusent un important déficit en infrastructures publiques d'adduction d'eau potable, tout particulièrement en matière d'usines de potabilisation des eaux superficielles (captages en ravines ou rivières). Une centaine d'unités de distribution d'eau potable de l'île sur 170 serait concernée par un défaut d'équipement et 9 % des usagers seraient par ailleurs alimentés depuis des unités de potabilisation obsolètes à réhabiliter. Au total, sur l'ensemble des captages exploités (eaux superficielles et souterraines), 34 % des volumes d'eau brute sont distribués aux abonnés avec un procédé de potabilisation insuffisant. Par ailleurs, en matière de distribution le rendement moyen des réseaux d’adduction d’eau potable est de 55% à La Réunion (le SDAGE en vigueur fixe un objectif de 75% de rendement en 2015).

 

En vue d'atteindre les objectifs fixés par la directive relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine et au vu de l’importance des besoins, l’amélioration de la qualité sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine constitue une priorité du PO FEDER 2014-2020.

  • Assainissement des eaux usées

Un effort important de mise à niveau des systèmes d'assainissement collectif, avec une mobilisation très soutenue du PO 2007-2013, a permis de résorber, en partie, le retard en matière d’infrastructures de traitement des eaux usées. La capacité globale des stations est passée de 269 000 équivalents habitant (EH) à près de 605 000 EH en 2013 (pour des besoins estimés, à cette date, à 772 000 EH).

 

2 opérations restent à mener (Saint Louis et Saint Leu) pour obtenir 100 % de conformité des équipements, pour les agglomérations citées dans les contentieux européens, dont l’une (Saint-Louis) sera réalisée au titre du PO 2007-2013. Avec une opération restant à prendre en compte sur le PO 2014-2020, la conformité des systèmes de traitement des eaux usées cités dans les contentieux européens à La Réunion par rapport à la directive

ERU sera totale à l’horizon 2020.

Par ailleurs l'évolution des capacités de traitement sera priorisée au regard des exigences environnementales.

 

Ces opérations seront considérées comme prioritaires et permettront la résorption du retard structurel du bassin en matière d’infrastructure de traitement des eaux usées.

  • Sécurisation et développement des réseaux hydrauliques structurants

La Réunion bénéficie de ressources hydrauliques globalement suffisantes pour les différents usages mais très inégalement réparties (l’Est de l’île bénéficie de précipitations excédant localement 5 m/an, soit près de 5 fois plus que le versant Ouest). Des actions d’envergure ont été menées ces dernières années en faveur du rééquilibrage des conditions d’accès aux ressources en eau. Malgré les progrès considérables accomplis, on estime que le réseau hydraulique interconnecté ne couvre en 2012 que la moitié de la surface de la Réunion. En particulier, les versants Nord et Est de l’île ainsi que les Hauts ne font pas encore l’objet d’un maillage suffisant pour sécuriser l’approvisionnement en eau de la population, dans un contexte d’augmentation des besoins.

 

Le FEDER soutiendra la poursuite de ces aménagements dans le cadre d’une gestion globale des ressources considérant l’ensemble des usages. Cette stratégie, largement reprise par les différents SDAGE depuis 2001, représente non seulement un levier de sécurisation de l’approvisionnement en eau, avec de forts enjeux sur le plan sanitaire ou socio-économique, mais constitue également un support efficace pour atteindre les objectifs de la Directive Cadre sur l’eau, par une mobilisation raisonnée et durable des ressources en eau.

  • Bon état des masses d’eau

 L’état des lieux réalisé en 2013, conformément aux échéances de la DCE, a permis de dégager un plan de gestion basé sur les pressions et impacts déclassants et en a déduit les mesures à mettre en oeuvre pour atteindre un bon état des masses d’eau. Dans cet objectif, le programme permettra de doter le territoire des éléments de connaissance et méthodes indispensables pour atteindre le bon état des masses d’eau et garantir la préservation du patrimoine naturel marin.

Améliorer la gestion des déchets

La gestion des déchets représente un enjeu majeur pour La Réunion (territoire contraint et éloigné des filières de traitement européennes), qui est confrontée de manière aigüe à la problématique du traitement des déchets et de leur stockage. La saturation des installations de stockage des déchets non dangereux de La Rivière Saint-Etienne (prévue en 2015) et la fin de l’autorisation d’exploitation (en 2014) de la seconde installation de stockage située à Sainte Suzanne nécessitent la recherche de solutions alternatives dans le cadre d’une gestion globale des déchets non dangereux.

 

En 2011, la production globale de déchets non dangereux était de 1 805 396 tonnes, réparties en 547 115 tonnes de déchets ménagers et assimilés (DMA) (dont 44% d’ordures ménagères résiduelles et 27% de déchets verts et 15% d’encombrants), soit 666,3 kg/hab./an et 1 261 791 tonnes de déchets d’activité économiques (DAE) (dont 752 100 tonnes de déchets agricoles).

 

Des efforts importants ont été réalisés ces dernières années pour améliorer le tri sélectif et le traitement des déchets : en 2011, 25% des DMA et 71% des DAE ont fait l’objet d’une valorisation organique ; 9% des DMA et 5% des DAE d’une valorisation matière. Le stockage a concerné 432 116 tonnes de déchets ultimes, dont 66% des DMA :

 

Le Plan de Prévention et de Gestion des Déchets Non Dangereux (PPGDND), en cours d’adoption, planifie cette gestion aux horizons 2020 et 2026 pour l’ensemble des déchets non dangereux quelle que soit leur origine et prévoit, dans le respect de la hiérarchie définie à l’article 4 de la directive 2008/98/CE :

  •  Réduction du volume de déchets produits (prévention en amont de la collecte) de
  • 7 % entre 2014 et 2020 puis de 2,5 % complémentaires entre 2020 et 2026
  • Valorisation de 90 % des déchets produits soit environ 12 % recyclage matière,
  • 52 % valorisation organique, 31 % valorisation énergétique (dont 11 % au niveau des Unités de Valorisation Energétique),
  • Enfouissement des 10 % de déchets ultimes non valorisables restants

Différentes installations sont ainsi envisagées, à travers la création d’un outil multifilières adapté au territoire, optimisant les trois modes de valorisation des déchets (matière, organique et énergétique) dans les bassins de vie du nord-est et sud-ouest et permettant de limiter fortement les besoins de stockage des déchets ultimes.

 

Dans ce cadre, le FEDER soutiendra la réalisation des unités de valorisation énergétique prévues dans le PPGDND, en conformité avec le respect de la hiérarchie de gestion des déchets définie à l'article 4 de la directive de 2008.

Promouvoir le patrimoine réunionnais pour améliorer l’attractivité du territoire

La Réunion recèle un riche patrimoine naturel et paysager, extrêmement diversifié, constituant des atouts touristiques forts, et faisant de l'île une destination singulière avec un potentiel naturel reconnu à l'échelle internationale (inscription de la zone constituant le coeur du Parc national au patrimoine mondial). Cette reconnaissance nécessite une valorisation à la hauteur de ce patrimoine, afin de différencier La Réunion par rapport aux autres destinations, dans un contexte de forte concurrence, et d'accroître sa notoriété touristique et lui conférer une meilleure visibilité.

 

Par ailleurs, la multiplicité des origines de la population réunionnaise est le creuset d’une histoire et d’un patrimoine culturel riche et diversifié. Ce patrimoine culturel matériel repose notamment sur des particularités architecturales (infrastructures, habitat patrimonial, outils industriels,…) et des trésors artistiques valorisés dans les divers musées de l’île. Le patrimoine culturel immatériel est une richesse reconnue de La Réunion (la danse traditionnelle «le Maloya » est inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO). Il nourrit une scène créative dynamique et éclectique qui le rend vivant, contemporain et actuel (danse, musique, théâtre, art du cirque, littérature, édition, bande dessinée, arts plastiques, arts visuels). La connaissance, la transmission, la préservation et la valorisation de ce patrimoine sont un enjeu pour l’attractivité du territoire et le développement touristique. Il porte également un potentiel de développement d’industries créatives, gisement d’emplois et de création de valeur.

 

L’objectif du FEDER est donc de renforcer la préservation et la valorisation du patrimoine naturel et culturel de l’île pour améliorer son attractivité. Il s’agira notamment de :

  • Valoriser les sites naturels par l’amélioration des aménagements nécessaires à l’accueil des publics (sécurisation des sites, aires de pique-nique, sentiers,…) et leur promotion (mise en interprétation,…) tout en les protégeant
  • Valoriser les éléments remarquables du patrimoine culturel matériel et immatériel de l’île en préservant le patrimoine bâti et non bâti, en améliorant les connaissances sur ce patrimoine et en favorisant sa diffusion et sa transmission (notamment à travers les structures muséales).

Préserver la biodiversité exceptionnelle de l’île

La Réunion possède un patrimoine naturel d’exception, qui rassemble une grande variété d’écosystèmes primaires et de nombreuses espèces endémiques (28% des espèces végétales indigènes recensées sont endémiques, 55% des oiseaux terrestres et marins nicheurs). 30% des habitats d’origine de l’île sont encore présents.

 

Ils sont toutefois fortement menacés, entraînant des risques pour la biodiversité de l’île. 171 espèces végétales et 29 espèces animales sont ainsi considérées comme menacées par l’UICN en 2013.

Les espèces invasives sont devenues la première cause de perte de cette biodiversité. En effet, de par son insularité et l’endémisme élevé de sa faune et de sa flore, l’île est particulièrement sensible aux invasions biologiques. Or, parmi les 2000 espèces végétales introduites, 151 sont considérées comme envahissantes. Pour la faune (hors insectes et mollusques), 70 espèces introduites sont déjà présentes dans les milieux naturels et urbains, dont 11 espèces connues pour être actuellement envahissantes.

 

Des risques majeurs sont recensés sur le plan de l'agriculture et particulièrement au niveau biologique.

 

Les facteurs anthropiques sont également identifiés parmi les principales menaces, en raison de la destruction et de la fragmentation des milieux naturels en lien avec l’urbanisation, de la surexploitation des ressources, des incendies,…

 

Cependant, La Réunion constitue la région européenne qui dispose de l’étendue la plus importante de protection intégrale de son territoire (40% de sa superficie en protection intégrale). Ces outils de protection relèvent de la réglementation du Parc National. D’autres outils forts de préservation et de valorisation du patrimoine naturel sont mis en place dans l’île : réserve naturelle de l’étang de Saint-Paul, réserve naturelle marine, espaces naturels sensibles, sites du Conservatoire du littoral.

 

Le FEDER contribuera à la préservation de cette biodiversité exceptionnelle, conformément à la stratégie réunionnaise pour la biodiversité 2012-2020 en s’attachant particulièrement à la protection des espèces menacées et de leurs habitats. Dans cet objectif, le PO soutiendra la restauration des milieux menacés ainsi que l’amélioration et la diffusion des connaissances sur ces espèces et leurs habitats.

Contribution à la Stratégie UE 2020

Cet axe contribue à l’objectif de croissance durable en améliorant la gestion des ressources en eau et des déchets, dans le respect des acquis environnementaux de l’Union, en préservant la biodiversité exceptionnelle de l’île ainsi que son patrimoine culturel et en améliorant la résilience du territoire face aux risques.

 

Ces actions s’inscrivent dans les actions prioritaires identifiées dans le position paper ciblées sur les infrastructures dans le domaine du traitement des déchets ainsi que dans la gestion des ressources en eau et l’assainissement. Sont également identifiées les actions de prévention et de gestion des risques liés au climat ainsi que les interventions en faveur de la protection de la biodiversité. Les actions soutenues par le programme contribueront également aux priorités identifiées dans le plan d’action des RUP sur la préservation de la biodiversité, la gestion des risques naturels, les déchets et l’eau.