Axe 1- Investir dans les leviers de croissance

Face aux faiblesses de son modèle économique, exposé à de nombreuses dépendances (importations de biens et d’énergie, transferts financiers,etc) et qui peine à satisfaire la demande croissante d’emplois, La Réunion doit s’appuyer sur une nouvelle stratégie de développement, porteuse de valeur ajoutée et d’emplois, qui valorise les avantages compétitifs de l’île à travers une stratégie de différenciation, s’appuyant sur la recherche développement et l’innovation.

 

Cette ambition est portée par la stratégie de spécialisation intelligente (S3), qui identifie trois domaines prioritaires porteurs d’avantages concurrentiels, au service d’une croissance moins vulnérable et d’une économie décarbonée.

Domaine prioritaire 1 : La Réunion productrice de solutions en bio-économie tropicale au service de l’économie du vivant

Localement, la bio-économie est en majorité représentée par la filière agro-nutrition, premier secteur industriel de l’île, avec, en 2011, 21% des établissements et 5 557 emplois et premier poste d’exportation (54% des exportations en valeur). L’ambition dans ce secteur est de sécuriser les débouchés et conquérir de nouveaux marchés pour satisfaire les besoins de la population de l’île et augmenter les exportations, en conjuguant différenciation et valorisation des produits.

Les autres ambitions de la S3 en matière de bio-économie portent sur la sécurisation du modèle agricole inclusif de l’île, le développement de l’agro-écologie et des économies verte et bleue ainsi que la valorisation de la biodiversité.

Domaine prioritaire 2 : La Réunion productrice d’émotions en é-co-tourisme Expérientiel

La Réunion détient des avantages comparatifs touristiques remarquables : un patrimoine naturel exceptionnel, un climat tropical, des activités de loisirs diversifiées, des équipements modernes, un contexte politique et sanitaire sécurisant. Avec 471 000 touristes accueillis en 2012, ce secteur occupe une place de choix dans l’économie réunionnaise : les recettes globales sont estimées à 849 M€, soit 8% du PIB. Le secteur emploie 6 750 salariés en 2011 (3,2% de l’emploi salarié). L’innovation est placée au coeur de la stratégie de développement touristique du territoire : pour moderniser l’image de la destination et la démarquer des destinations comparables, améliorer l’accueil, développer les activités de loisirs, sources de croissance verte et bleue, améliorer la compétitivité des entreprises touristiques. Cette innovation soutiendra la spécialisation dans l’éco-tourisme et reposera largement sur les outils numériques.

Domaine prioritaire 3 : La Réunion, plateforme agile de transformation vers une économie de la connaissance, numérique et décarbonée

  • Innovation dans l’agilité humaine, sociétale et organisationnelle du territoire

L’économie réunionnaise se caractérise par une certaine forme de résilience, qui lui a permis de faire face aux chocs, aux remises en cause et aux changements. Cette intelligence territoriale repose sur l’agilité humaine, sociétale et territoriale de La Réunion, qui doit actuellement s’adapter à de multiples dimensions internationales et composer avec une forte évolution démographique. L’ambition de la S3 porte notamment sur la résorption de l’illettrisme, le soutien à la formation et la consolidation de l’état sanitaire de la population (agilité humaine) ainsi que sur l’innovation sociale et managériale pour encourager une économie de proximité.

  • Innovation pour faire de l’économie réunionnaise une « société digitale »

Le secteur des TIC, particulièrement dynamique, représente, en 2011, 580 entreprises, 6 300 emplois et un chiffre d’affaire de 2 160 M€ (+ 84% entre 2005 et 2011). Il s’appuie sur des compétences locales, grâce à des formations universitaires et des laboratoires de recherche de niveau européen. L’économie numérique est identifiée comme un domaine d’activité spécifique, pour lequel cinq axes de développement sont proposés (solutions et applications mobiles, prototypes et noyaux logiciels, contenus numériques et externalisation). L’innovation numérique est aussi envisagée pour d’autres secteurs, notamment l’énergie, la santé, le tourisme.

  •  Innovation pour faire de La Réunion une terre d’excellence en matière de transition énergétique vers une économie décarbonée

Grâce à son expertise technique, la diversité de ses milieux et de ses conditions climatiques, l'île peut devenir un lieu d’invention et d’expérimentations de solutions de production, de distribution et de consommation d’énergie décarbonée. L’ambition de la S3 est de développer ces solutions innovantes permettant de réduire la dépendance énergétique, à travers le renforcement de l’efficacité énergétique, le verdissement des transports, l’élaboration de solutions en matière de mini-réseaux interconnectés, la promotion de l’économie circulaire.

 

Augmenter les capacités de RDI dans les priorités de la S3

La Réunion dispose d’un écosystème de RDI dense et dynamique avec 65 structures dédiées à la recherche ou à l’accompagnement de l’innovation. La RDI s’appuie sur un réseau de laboratoires performants (Université, CIRAD, IRD, IFREMER, BRGM, CHU, eRcane, etc), le seul pôle de compétitivité des DOM (Qualitropic), un incubateur régional d’entreprises innovantes ainsi que plusieurs centres de ressources et plateformes technologiques (pôle de protection des plantes CIRAD, CYROI, antenne satellitaire SEAS – OI, …)

 

Certaines infrastructures sont aujourd’hui saturées, en particulier pour accueillir de nouvelles unités de recherche (UMR PIMIT, INSERM DETROI …) ou de dispositifs en partenariat (CIRAD). Elles sont confrontées à la nécessité de renforcer les plateaux techniques afin de répondre aux besoins de leurs activités, au développement de nouveaux axes de recherche et d'approches pluridisciplinaire, à la prise en compte des attentes de la société, notamment en termes de retombées sur le territoire réunionnais et océan Indien.

 

Par ailleurs, trois plateformes technologiques apparaissent manquantes au regard de la S3 : celle relevant de l'énergie, celle couvrant les risques naturels et celle couvrant l'économie de la mer.

 

Le PO soutiendra donc la réalisation de ces infrastructures et renforcera les capacités de RDI afin d’atteindre une masse critique permettant de participer davantage à la construction de l'espace européen de recherche, d'améliorer la compétitivité des projets de recherche pour prétendre aux appels à projets nationaux (ANR) ou européens (H2020) mais aussi de constituer des plateformes technologiques européennes uniques au sein de la zone.

Encourager la recherche innovation dans les entreprises

L’effort en R&D des entreprises, mal connu, a été estimé, en 2010, à 20% de la dépense totale en R&D de l’île, soit 18 M€. Cette proportion, trois fois plus faible qu’au niveau national, découle en partie de la structure du tissu économique de l’île : la R&D des grandes entreprises appartenant à un groupe national ou international est principalement réalisée hors de l’île tandis que les autres entreprises, largement majoritaires, n’ont pas de structure d’appui, souvent peu de personnel qualifié et de moyens financiers pour innover.

 

Les entreprises réunionnaises font pourtant preuve de dynamisme en matière d’innovation : entre 2008 et 2010, l’INSEE estime que 53% des entreprises réunionnaises ont innové, parmi les entreprises de 10 à 250 salariés (soit un niveau d’innovation comparable à la France métropolitaine). Mais seulement 27 % des entreprises réunionnaises innovent technologiquement, contre 34 % au niveau national.

 

L’appropriation des avancées de la recherche par le tissu économique local doit être relayée par le renforcement des réseaux d’accompagnement. Par ailleurs bien qu’existantes dans divers domaines (bio-économie avec Ercane et Armeflhor, bâti tropical avec le CIRBAT…) la structuration des plateformes d’innovation au service des entreprises dans les domaines identifiés de la S3 doit se consolider.

 

La priorité du PO est d’intégrer l’innovation dans l’économie réelle de l’île. Le FEDER soutiendra donc la dynamique d’innovation au sein des entreprises en renforçant les aides aux entreprises innovantes dans les phases de recherche- développement et de faisabilité et le financement de formations, de conseils et d’appui au réseautage et à l’entreprenariat.

Contribution à la Stratégie UE 2020

L'axe 1 contribuera à une croissance intelligente en ciblant et accentuant les efforts de RDI dans les priorités de la S3. Les actions viseront l'augmentation des capacités de RDI dans ces secteurs ainsi que l'intégration de l'innovation dans les entreprises.

 

Elles sont cohérentes avec le position paper, qui préconise la valorisation innovante des potentialités locales, notamment dans les domaines de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire, des énergies renouvelables, de l’environnement et de la biodiversité. Elles s’inscrivent totalement dans l’objectif « faire le pari d’une bioéconomie à forte valeur ajoutée » du plan d’action des RUP.