Le SYSTÈME bancaire à la RÉUNION

Typologie des établissements du secteur bancaire

Depuis l’ordonnance n°2013-544 du 27 juin 2013, le statut juridique des établissements du secteur bancaire agréés par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) a évolué. On distingue ainsi :

  •  Le statut d’établissement de crédit, qui est une entité dont l’activité consiste à recevoir des fonds remboursables du public et à octroyer des crédits (article L511-1 du CMF). Les établissements de crédit sont agréés en qualité de banque, de banque mutualiste ou coopérative, d’établissement de crédit spécialisé (ECS) ou de caisse de crédit municipal (cf. article L511-9 du CMF).
  • Le statut de société de financement, pour les anciennes sociétés financières ayant déposé une demande d’agrément pour ce statut (articles L511-1 et L515-1 du CMF).

À La Réunion, 20 établissements sont installés au 31 décembre 2016, soumis à la loi bancaire et participent au système d’intermédiation financière de l’île (collecte des dépôts et financement de l’économie), en baisse régulière sur ces dernières années. 15 ont le statut d’établissement de crédit, dont 9 celui de banque et 6 d’établissement de crédit spécialisé, tandis que 5 établissements ont opté pour le statut de société de financement.

 

À noter qu’en 2010, on dénombrait encore 25 établissements installés. La baisse enregistrée en 2016 correspond à la fusion entre la Caisse d’épargne Provence-Alpes-Corse (CEPAC) et la Banque de La Réunion (BR), alors que celle de 2014 correspondait à la fusion entre la BRED et la Caisse Régionale du Crédit maritime mutuel d’Outre-mer (CRCMMOM). Enfin, on avait enregistré en 2013 une fusion opérée par le Groupe General Electric Compagny entre SOREFI et REUNIBAIL.

 

 

En marge de ces établissements bancaires, on dénombre également d’autres établissements intervenant ponctuellement ou de manière plus régulière dans le département, comme la Caisse des dépôts et consignations (CDC), établissement public à statut sui generis, ou l’Agence française de développement (AFD), mais également des sociétés spécialisées dans le crédit-bail (Lixxbail par exemple) ou l’affacturage (Eurofactor).

Éléments sur la concentration et la répartition du marché

La fusion intervenue en 2016 entre la CEPAC et la BR a profondément modifié le niveau de concentration du marché bancaire réunionnais. L’état de la concurrence sur un marché peut en effet être analysé de deux façons. La première repose sur l’évolution de la part de marché cumulée des trois plus importants établissements. La fusion enregistrée a ainsi fait progresser de près de 10 points celle portant sur l’ensemble des concours consentis, plus particulièrement sur la clientèle des ménages. La part de marché cumulée concernant l’ensemble des dépôts collectés progresse certes moins fortement (+7,3 points), mais s’établit à un niveau historiquement élevé de 68,4 %.

 

Une deuxième mesure  de  la  concentration  d’un  marché,  normée  et  comparable, est donnée  par  l’indice  Herfindhal-Hirschmann   (IHH).  Avant la fusion intervenue  en  2016,  la distribution de crédits bancaires et la collecte d’épargne étaient affectées d’un IHH oscillant entre 1 300 et 1 700, révélateurs d’une concentration relativement élevée, mais ne présentant a priori pas de risque majeur de défaut de concurrence, avec une amélioration régulière des indices de concentration constatée au cours des dernières années. Depuis la fusion, les indices IHH ont progressé de 250 à 300 points sur chacun des principaux marchés et oscillent désormais entre 1 650 et 2 000 points ; pouvant suggérer des risques importants en matière de concentration.

 

 

Le marché bancaire apparaît ainsi comme un secteur ‘normal’, qui évolue au gré de l’innovation, des bulles financières, des crises, de la saturation des besoins et de la rentabilité attendue. Le chemin parcouru au cours des trente dernières années en matière de déconcentration du secteur s’est donc inversé par cette opération de fusion.

La densité du système bancaire

Le nombre de guichets bancaires des banques réunionnaises de plein exercice s’établit à 243 implantations permanentes à fin décembre 2016 (y compris les 97 bureaux ou agences de la Banque Postale), en baisse de 1 unité par rapport à 2015 (après -3 unités l’année précédente).

 

Le réseau réunionnais d’agences bancaires a manifestement atteint une taille critique au début des années 2010. Le réseau d’agences s’est développé de manière continue à partir des années 80, et s’est peu à peu spécialisé avec l’ouverture d’agences consacrées à certains types de clientèle ou segments de marché (grandes entreprises, clientèle professionnelle, habitat ou collectivités locales). Ce développement, puis l’arrivée à maturité du réseau bancaire local se sont fait en lien avec la croissance démographique et la bancarisation des agents économiques. Le mouvement récent de consolidation des réseaux d’agences des principales banques installées et l’émergence de la banque digitale vont dans le sens d’un redimensionnement et d’une spécialisation de certains réseaux bancaires. Toutefois, face à des besoins persistants et à une proximité plus marquée de la population envers les agences bancaires, les banques n’ont pas annoncé de plan de fermeture, contrairement à la métropole.

 

Le nombre d’habitants par guichet bancaire permanent progresse à nouveau en fin d’année 2016 (+1,2 % après +1,7 % en 2015) pour s’établir à 3 502 habitants à La Réunion. Ce ratio demeure toujours très supérieur à celui observé pour la France métropolitaine (un guichet pour 1 759 habitants à fin 2015) soit proche du double.

 

Cette situation ne traduit cependant pas nécessairement une moindre accessibilité des banques, en raison de la géographie du département de La Réunion. La plus grande partie de la population se concentre en effet sur les zones côtières, dans ou à proximité des grandes agglomérations autour desquelles s’organisent les activités économiques et humaines. Le ratio rapportant le nombre de guichets bancaires à la superficie totale de l’île est ainsi favorable à La Réunion, avec un guichet pour 10,4 km² en 2016 contre un guichet pour 16,8 km² pour la France entière (2015).

Il doit être noté que ce ratio du nombre d’habitants par guichets bancaires devrait s’accroître au cours des prochaines années en France métropolitaine. Les banques françaises ont en effet commencé à réduire leurs réseaux d’agences bancaires face au développement de la banque en ligne et multicanal, à la digitalisation de leurs offres, et à la désertion des agences depuis une dizaine d’années.

 

On observe par ailleurs de fortes disparités territoriales selon les grandes zones géographiques.

Le niveau d’équipement en guichets bancaires, relativement uniforme sur le territoire réunionnais dans les années 1995, a ainsi tendance à se différencier sensiblement depuis les années 2002- 2003, avec aujourd’hui une région Est globalement moins bien servie que les autres régions de l’île. Pourtant, la commune présentant le meilleur taux d’équipement se situe toujours dans l’Est ; il s’agit de la commune de Salazie (un guichet pour 2 444 habitants, avec trois agences bancaires ou postales). À l’opposé, les communes de l’Entre-Deux dans le Sud et de Sainte Rose et de la Plaine des Palmistes dans l’Est sont les moins bien équipées (une seule agence bancaire ou postale pour plus de 6 000 habitants).

 

 

Quelques établissements bancaires, au premier rang desquels la Banque Postale, permettent l’accès de la majorité de la population réunionnaise aux services bancaires grâce à  des réseaux étoffés d’agences ou de bureaux, répartis dans toutes les communes, même dans les endroits les plus reculés du département (à l’exception du cirque de Mafate). Ainsi, deux communes (l’Entre-Deux et la Plaine-des-Palmistes) sur vingt-quatre sont équipées exclusivement d’un unique bureau de poste. À l’opposé, la commune de Saint-Denis est équipée de 51 guichets bancaires ou postaux, soit un guichet pour 2 821 habitants.

Le marché bancaire apparaît ainsi comme un secteur ‘normal’, qui évolue au gré de l’innovation, des bulles financières, des crises, de la saturation des besoins et de la rentabilité attendue. Le chemin parcouru au cours des trente dernières années en matière de déconcentration du secteur s’est donc inversé par cette opération de fusion.

Ventilation des dépôts et crédits par catégorie d’établissement

Le marché local de la distribution du crédit, y compris par les prêteurs institutionnels comme l’Agence française de développement (AFD), la Caisse des dépôts et consignations (CDC), DEXIA ou les prêteurs non installés, est désormais largement dominé par le groupe des banques mutualistes du fait de la fusion entre la CEPAC et la Banque de La Réunion. Celles-ci détiennent une part de marché globale de 42,2 % fin 2016, malgré une baisse enregistrée entre 2010 et 2015. Le marché de la collecte de ressources, qui se partageait précédemment à peu près équitablement entre les deux catégories de banques (mutualistes et commerciales) est aussi dominé en 2016 par les banques mutualistes, avec 65,9 % de parts de marché.

 

De leur côté, les prêteurs institutionnels (et les établissements non installés) affichent en 2016 une part de marché de 32 %, en deçà néanmoins de leur position des années 1990-1995 où ils contribuaient pour près de 40 % au financement de l’économie réunionnaise. Cette part s’était alors réduite progressivement, jusqu’à atteindre moins de 20 % en 2008-2009, et remonte depuis cette période.

Les quatre banques commerciales restantes (y compris la Banque Postale) affichent quant à elles une part de marché de 15,0 % à fin 2016, contre 25,4 % un an auparavant. Les autres établissements bancaires locaux (qui se partagent désormais entre les établissements de crédit spécialisés et les sociétés de financement) enregistrent en 2016 une légère progression de leurs parts de marché, à 10,9 %, après des années de recul. Entre 2000 et 2015, ces établissements avaient perdu 5,5 points de parts de marché, en liaison avec le recul de leur segment de marché (notamment le financement de l’automobile et des biens d’équipement des professionnels).

 

Le positionnement des intervenants bancaires s’est également modifié au cours des dernières années. On observe d’abord la part croissante et dominante des prêteurs institutionnels sur le marché du financement des entreprises, en raison essentiellement des prêts consentis par la CDC aux sociétés immobilières et aux sociétés d’économie mixte. Les banques mutualistes avaient inversement vu leur part de marché décroître fortement à partir de 2009 pour retrouver le niveau des banques commerciales, jusqu’à 2016. Elles demeuraient par contre dominantes sur le marché des crédits aux ménages, et représentent désormais près de 60 % de ce marché.

 

En matière de collecte d’épargne, les banques mutualistes pèsent entre 60 % et 70 % des principaux segments du marché de la collecte. Historiquement, les banques commerciales étaient très présentes dans les années 1990 sur les dépôts des entreprises, avant de perdre du terrain au bénéfice des banques mutualistes. Elles ne représentent plus qu’un quart du marché. Du fait du rattachement de la Banque Postale aux banques commerciales, celles-ci affichent une part de marché un peu plus élevée sur les dépôts des ménages (37,7 % à fin 2016).