LA FILIÈRE CANNE-SUCRE à LA RÉUNION

clé de voute du tissu agricole réunionnais
clé de voute du tissu agricole réunionnais

La filière Canne-Sucre et dérivés reste la clé de voute du tissu agricole réunionnais, mais aussi une composante essentielle de l’identité de La Réunion dans son histoire, sa culture et son patrimoine. Les sucreries fêtent leur 200 ans en 2017

La canne à sucre au cœur de l’histoire réunionnaise

La culture de la canne à sucre est de fait au coeur de l’histoire réunionnaise, celle peu glorieuse du marronnage pour faire face au fort besoin de main d’oeuvre, mais se faisant, celle aussi du peuplement, de l’identité et de la culture réunionnaise dans toutes ses dimensions. Depuis l’origine, la vie économique et sociale s’est organisée autour de sa culture, et elle a traversé les siècles rassemblant chaque génération. Elle contribue aujourd’hui à son rayonnement, notamment à travers le sucre et le rhum.

 

Implantée sur l’île dès le 17ème siècle, la canne à sucre est d’abord cultivée pour son alcool de canne, l’arack, puis pour le sucre et ses dérivés, mais sa production ne devient une véritable industrie qu’au début du 19ème siècle. La première usine sucrière est créée dès 1785, celle du Gol en 1816 et celle de Bois Rouge en 1817, mais l’île en comptera plus de 200 à la grande époque. La crise de 1860 mais aussi les innovations et les restructurations ont au fil du temps contribué à concentrer cette industrie, qui ne compte aujourd’hui plus que 2 usines sucrières de part et d’autre de l’île, celle du Gol à Saint-Louis pour le traitement des cannes du Sud, et celle de Bois Rouge à Sainte-Suzanne pour celles de l’Est. En 2017, le groupe Téréos (actuel propriétaire des sucreries) a ainsi fêté les 200 ans des deux dernières sucreries de La Réunion.

Un pilier de l’économie réunionnaise

La canne à sucre couvre près de 60% des surfaces cultivées à La Réunion (plus de 24000 ha) et fait vivre plus de 3000 exploitations.

 

Chaque année, environ 1,9 million de tonnes de cannes sont récoltées pour une production moyenne de 210 000 tonnes de sucre. Environ la moitié de cette production est destinée au marché des sucres spéciaux (blonds, roux, bruns, foncés…) sur lequel La Réunion est leader en Europe, l’autre moitié est du sucre brut destiné au raffinage pour devenir du sucre blanc très majoritairement consommé en Europe. Avec 90% de sa production totale exportée en Europe, la filière Canne se place au premier rang des exportations de l’île (80% en volume et environ 50% en valeur), et La Réunion constitue le seul producteur européen de sucre de canne, avec les Antilles.

 

La filière Canne-Sucre représente près de 14000 emplois directs et indirects, mais l’effet redistributif de la production de canne, de sucre, de rhum et d’énergie sur les secteurs d’activités économiques de l’île entretient l’existence de près de 4500 emplois induits, représentant ainsi au total plus de 13% des emplois du secteur privé de La Réunion. Ces chiffres ne prennent pas en compte l’emploi crée en métropole par la filière (raffinage et logistique du sucre, rhum…), estimé à environ 1000 emplois supplémentaires.

Une plante d’avenir au multiples ressources

La canne à sucre est une graminée hors norme et une herbe extraordinaire ! Grâce à elle on produit du sucre bien sur, mais on valorise aussi de nombreux autres co-produits (mélasse, bagasse, écumes, paille…) qui permettent de produire du rhum, de l’électricité, du biocarburant, des engrais ou encore du plastique bio. Elle offre également des perspectives très prometteuses en matière de chimie verte. Mais ce n’est pas tout, cette herbe géante a de précieux atouts naturels pour La Réunion car son puissant système racinaire permet de lutter efficacement contre l’érosion des sols et facilitent l’infiltration des eaux de pluies et le renouvellement des nappes phréatiques. Elle contribue aussi à l’absorption du carbone et à la qualité de l’air : chaque année, les champs de cannes captent l’ensemble du CO2 émis par le parc automobile de l’île.

 

La Réunion est à la pointe de l’industrie sucrière et constitue à cet égard avec son centre de recherche eRcane un pilier de la recherche sucrière mondiale, qui a notamment développé une des plus importantes collections de variétés de cannes au monde.

Une industrie performante mais dépendante

Les deux usines de Bois Rouge et du Gol, détenues depuis 2010 par Téréos Océan Indien, sont aujourd’hui mondialement reconnues pour leur niveau de performance, mais elles souffrent toutefois de la stagnation du volume de production, autour de 1,9 million de tonnes par an. L’agriculture réunionnaise subit en effet la pression de l’urbanisation qui grignote les surfaces cultivées. Elle résiste en augmentant sa productivité et son rendement mais seuls les soutiens publics permettent de compenser ses coûts de production élevés. Depuis les années 1960, le sucre réunionnais bénéficie de l’organisation commune de marché qui le met à l’abri des variations du cours mondial et garantit son écoulement sur le marché européen. En 2006, quand le prix d’intervention a baissé de 36 %, Bruxelles a autorisé la France à augmenter ses aides pour compenser cette baisse. Ce soutien des pouvoirs publics restent aujourd’hui indispensable à la filière Canne-Sucre.

 

C’est la Convention Canne 2015-2021 (accord interprofessionnel entre planteurs et industriels) qui définit pour l’heure les règles et conditions de production et les prix, et qui a fait l’objet d’une renégociation nécessaire en 2017 dans le contexte européen de la fin des quotas sucriers. Cette renégociation débutée en avril a entrainé un des plus long conflit de la filière canne à La Réunion, planteurs et industriels s’opposant notamment sur le prix de la tonne de canne. Un accord a finalement été trouvé à la mi-juillet pour revaloriser les revenus des planteurs (prix de base, compléments de prix, prime bagasse…), notamment pour les petits producteurs. Selon la nouvelle convention, pour  une richesse de référence en sucre de 13,8, le prix de base de la tonne de cannes passe de 39,09 euros à 41,69 euros, soit une augmentation de 2,60 euros. Une prime d’intéressement sur la vente du sucre de 88 centimes par tonne de canne vendue s’ajoute au prix de base. 40 centimes par tonne sont également versés aux agriculteurs produisant moins de 700 tonnes de cannes.

 

La filière Canne-Sucre de La Réunion dispose pour l’avenir de nombreux atouts pour pérenniser et continuer à valoriser cette culture traditionnelle de l’île, son centre de recherche eRcane a notamment entrepris plusieurs programmes de R&D dans le domaine de la chimie verte qui devraient permettre le développement de futurs co-produits appliqués à l’industrie, la cosmétique ou encore la bioplastique.