L’électricité à La Réunion

L’île de La Réunion ne bénéficie pas d’interconnexion au réseau électrique continental (ZNI : Zone Non Interconnectée). Il faut donc produire sur place l’électricité consommée en tenant compte de la croissance des besoins en énergie (démographie, augmentation des usages) et de l’arrivée massive dans les systèmes électriques d’énergies renouvelables intermittentes (éolien, photovoltaïque) non programmables, et dont une part trop importante peut présenter des risques de déstabilisation du réseau. Il s’agit donc de réussir à maintenir un équilibre permanent entre l’offre et la demande en électricité. La Réunion et EDF développe ainsi des réseaux électriques intelligents (« smart grids »), rendus plus performants grâce notamment à l’informatique et aux NTIC.

Vers une autonomie énergétique

L’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité est structurellement complexe à atteindre pour un territoire insulaire où l’électricité consommée doit être produite sur place et où les coûts de production sont deux à trois fois plus élevés qu’en France hors DOM2. Cette situation incite d’autant plus à mettre en œuvre des mesures destinées à maîtriser la croissance de la consommation. Elle nécessite également une constante adaptation des moyens de production, qui se doivent d’intégrer les lignes directrices tracées par le Grenelle de l’environnement pour les départements d’outre-mer.

 

La loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique et à la croissance verte fixe des objectifs en matière d’économies d’énergies et de développement des énergies renouvelables1 : réduire de moitié la consommation d’énergie à l’horizon 2050, diversifier le mix énergétique avec le développement des énergies renouvelables, réduire la part du nucléaire à 50 % à l’horizon 2025 et lutter contre la précarité énergétique. Des objectifs particuliers sont donnés pour les zones non interconnectées, dont La Réunion fait partie. Deux objectifs principaux sont fixés : produire la moitié de l’électricité consommée à partir d’un mix d’énergies renouvelables dès 2020 (23 % pour la France) et atteindre l’autonomie énergétique en 2030. La Réunion bénéficie d’un atout majeur lié à ses ressources naturelles telles que le vent, le soleil2, la géothermie3 et l’eau, mais elle reste fortement dépendante des importations de produits énergétiques. La déclinaison locale de cette loi, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), dont le décret a été publié en avril 2017, couvre une première période de 3 ans (2016-2018), puis une seconde de 5 ans (2019-2023). Elle fixe comme principaux objectifs : la maîtrise de la demande, la diversification des sources d’énergie, la sécurité d’approvisionnement et le stockage de l’énergie.

 

Pour se donner les moyens d’atteindre l’autonomie énergétique d’ici 2030, le syndicat des énergies renouvelables a publié en janvier 2017, une nouvelle version du Livre blanc qui expose les grandes orientations stratégiques et détaille des mesures opérationnelles par filière. Il propose plusieurs axes de travail, notamment l’essor des réseaux « intelligents » afin d’augmenter le seuil de pénétration des énergies renouvelables électriques variables ou le développement de nouvelles filières telles que la géothermie, les énergies marines…

 

L’utilisation de l’énergie thermique des mers est au cœur du projet SWAC (Sea water air conditioning) visant à utiliser de l’eau froide puisée dans les profondeurs des océans pour alimenter le réseau urbain de climatisation et développer des activités dérivées. Ce projet, destiné à l’hôpital de Saint-Pierre est encore en phase d’étude. À titre indicatif, la climatisation du tertiaire représente 1/6e de la consommation électrique de l’île.

 

Pour accompagner le développement économique et démographique du nord de l’île, le réseau électrique de Saint-Denis a été renforcé, avec le déroulage d’une nouvelle ligne souterraine de 7 km pour un investissement de 13,5 millions d’euros. La mise en service de la Liaison électrique de l’Ouest (LÉO), au milieu de l’année 2016, permet également de sécuriser l’alimentation électrique de l’Ouest et du sud de l’île. Cet investissement de 43 millions d’euros pour un circuit de deux fois 90 MW vient remplacer l’ancienne ligne de 45 MW, devenue sous- dimensionnée. Parallèlement, 52 millions d’euros ont été investis pour la modernisation et l’entretien des réseaux de l’ensemble du territoire.

 

Les travaux de construction de la turbine à combustion fonctionnant au bioéthanol ont démarré fin 2016. Cet investissement de 60 millions d’euros, dont la livraison est prévue pour la fin de l’année 2017, est inédit en France. Cette centrale sera alimentée par du bioéthanol issu de la mélasse, mais pourra également être alimentée par du biocarburant produit à partir de microalgues. L’installation de compteurs numériques va démarrer au cours de l’année 2017 et s’étalera sur 5 ans. Ceux-ci mettront fin à la relève manuelle et pourront également donner une indication sur l’état du réseau. Ce projet représente un investissement de 70 millions d’euros.

Commercialisation, Transport et Tarification de Electricité

Le marché de la production d’énergie, ouvert à la concurrence, prévoit le maintien, dans les DOM et la Corse, du monopole attribué à EDF pour le transport, la distribution et la commercialisation. À l’origine de 40 % de cette production, EDF se positionne comme « acheteur unique » de toute l’électricité transitant sur les réseaux. Les autres producteurs sont de plus en plus nombreux et divers (Albioma, Akuo, producteurs photovoltaïques et éoliens …).

La Production

En 2016, la production électrique totale livrée au réseau est de 2 944 GWh, en hausse de 1,4 % par rapport à 20151. Même si le charbon assure la production de base, sa part dans la production électrique totale continue de diminuer (38,7 % en 2016 contre 40,4 % en 2015 et 42,4 % en 2014). En termes de puissance installée , la capacité totale reste stable, à 845 MW fin 2016. La contribution de la production liée à l’hydraulique a été en baisse cette année notamment en raison d’un bilan pluviométrique déficitaire. L’ensemble photovoltaïque, éolien et biogaz progresse de 4,8 %, après +5,8 % en 2015.

 

La part des énergies renouvelables dans la production totale d’électricité atteint 34 %, en légère baisse par rapport à 2015 en raison d’une diminution de l’hydraulique et de la bagasse, au profit du fioul (+4,5 %). La production de photovoltaïque continue de progresser (+6,2 % par rapport à 2015). Les énergies renouvelables sont prioritaires pour couvrir la consommation, dans la limite d’un plafond maximum de 30 %3. La nouvelle batterie de stockage installée en 2016 à Saint-André a permis de repousser ce seuil à 32 %. L’hydraulique est souvent sollicitée lors des pointes du soir et les autres moyens de production sont appelés ensuite, du moins cher au plus cher : charbon, fioul puis turbines à combustion. Il est prévu de remplacer progressivement certaines énergies fossiles : le charbon par la bagasse et la biomasse, et de créer un projet de traitement et de transformation des déchets en énergie.

Sites de production en électricité à La Réunion

La puissance nominale mise à disposition sur le réseau au 31 décembre 2016 est de 854,5 MW.

 

  •  Sainte-Suzanne – Bois Rouge : Bagasse / Charbon – Puissance 100 MW (Albioma)
  •  Saint-Louis – Le Gol : Bagasse / Charbon – Puissance 110 MW (Albioma)
  •  Le Port : Centrale thermique – Puissance 291 MW (EDF) (moteurs diesels + TAC)
  •  Rivière de l’Est : Barrage hydroélectrique – Puissance 67,2 MW (EDF)
  •  Langevin : Barrage hydroélectrique – Puissance 3,6 MW (EDF)
  •  Bras de la Plaine : Usine hydraulique – Puissance 2,2 MW (EDF)
  •  Takamaka I et II : Usine hydroélectrique – Puissance 43,4 MW (EDF)
  •  Bras des Lianes : Usine hydroélectrique – Puissance 2,2 MW (Région Réunion)
  •  Sainte-Rose : Eolien – Puissance 15 MW (Nord Energy) + 6,3 MW (EDF Energies nouvelles)
  •  Sainte-Suzanne : Eolien – Puissance 10,1 MW (AéroWatt)
  •  Saint-Louis : Biogaz – Puissance 2 MW (Véolia)

Mix énergétique de la production électrique à La Réunion

En 2016, la production électrique à La Réunion provient à 66% des énergies primaires fossiles (pétrole et charbon) et à 34% des énergies renouvelables, en légère augmentation sur la production hydraulique, le biogaz, le photovoltaïque et la bagasse. La production électrique livrée sur le réseau est de 2 943,6 GWh, soit 253,2 Ktep. La production électrique a légèrement augmenté en 2016, conséquence d’une année chaude, mais la tendance observée depuis 2000 du ralentissement de la croissance de la production continue. Elle était en moyenne de 4,9% par an entre 2000 et 2007 contre 2,2% enre 2007 et 2015. L’année 2015 marque également une augmentation sensible (+10,7%) de la production à partir des EnR, qui a été compensée par une baisse du fioul et du gazole importés, qui assurent le rôle de variables d’ajustement de l’approvisionnement en électricité.