lE SECTEUR DE L'EAU A LA RÉUNION

La problématique de la gestion l'eau à La Réunion

Le réseau hydrographique de La Réunion est composé de 13 rivières pérennes et leurs affluents, de trois étangs littoraux, de plusieurs plans d’eau intérieurs et de nombreuses ravines sèches. L’île, qui détient plusieurs records mondiaux de pluviométrie pour les périodes comprises entre 12 heures et quinze jours1, dispose en première analyse d’un volume de pluie suffisant pour couvrir les besoins de la population, de l’agriculture et de l’industrie : les précipitations annuelles représentent environ 7,6 milliards de m3. Toutefois, la disponibilité de ces ressources souffre d’une mauvaise répartition dans l’espace et dans le temps. En effet, l’Ouest et le sud de l’île sont affectés d’une pénurie en fin de saison sèche et disposent de ressources nettement inférieures à celles dont bénéficie l’Est. Par ailleurs, les ressources en eau de surface sont maigres dans les Hauts (sols perméables et infiltrations profondes), tandis que des nappes pérennes existent plus près des côtes, mais sont parfois confrontées à un phénomène naturel de salinisation par l’eau de mer. En 2015, sur les 66 masses d’eau de l’île, 26 seulement sont considérées en bon état, selon le Comité de bassin. L’objectif visé à l’horizon 2021 est d’atteindre 66 % de masses d’eau réunionnaises en bon état.

 

La politique de gestion globale de l’eau implique principalement deux structures :

 

  • Un Comité de bassin, créé en 1996, qui représente les collectivités, les services de l’État ainsi que les usagers. Son rôle est de définir les orientations politiques dans le domaine de l’eau au travers du schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE). Le nouveau SDAGE couvre la période 2016-2021 et fixe plusieurs objectifs, dont la préservation de la ressource en eau, la lutte contre la pollution et la qualité de l’eau potable.
  • L’« Office  de  l’Eau  Réunion »,  établissement  public  local,  créé  en  2003,  rattaché  au Département et dont les principales missions sont :
    • (i) l’étude et le suivi des ressources en eau et des milieux aquatiques et littoraux,
    • (ii) le conseil et l’assistance technique auprès des maîtres d’ouvrages,
    • (iii) la programmation et le financement d’actions et de travaux (programme pluriannuel d’intervention).

Le chantier emblématique de basculement des eaux d’Est en Ouest, baptisé « Irrigation du littoral ouest » (ILO), lancé en 1989 et inauguré pour partie en 2011, a été mis en service en 2016. Il permet, par un système de conduites d’eau reliant les deux versants, de mieux satisfaire les besoins en eau des agriculteurs de la côte ouest.

La distribution de l'eau potable

En 2015, hors hydroélectricité, 199,7 millions de m3 d’eau ont été prélevés dans le milieu naturel (-8,3 %, après +1,0 % en 2014), qui se répartissent entre 140,0 millions de m3 pour l’alimentation en eau potable, 48,5 millions de m3 pour l’irrigation, 10,4 millions de m3 pour l’usage industriel et 0,8 million de m3 pour les autres usages. Cette baisse concerne particulièrement les prélèvements destinés à l’irrigation agricole, qui diminuent de près d’un quart par rapport à l’année précédente compte tenu notamment d’une année un peu plus pluvieuse que les précédentes. Sur la période 2010-2015, un peu plus de 218 millions de m3 sont prélevés en moyenne par an sur la ressource en eau, hors hydroélectricité.

 

Au 1er janvier 2017,  il  existe  21  autorités  organisatrices  du  service  d’eau  potable : 20 communes et la CASUD pour les quatre communes du Sud (Entre-Deux, Tampon, Saint- Joseph et Saint-Philippe). Parmi les 24 communes de l’île, 4 assurent la distribution de l’eau en régie directe (Sainte-Rose, la Plaine-des-Palmistes, Saint-Paul avec la Créole et Cilaos avec la Régie des Eaux de Cilaos) tandis que les autres (85 % des abonnés concernés) adoptent une gestion en délégation de service public. Cinq opérateurs sont recensés sur le territoire : VEOLIA, la Compagnie internationale de service et d’environnement (CISE, du groupe SAUR), la SPL Sources et Eaux pour la commune de Petite-Ile (société publique locale qui a succédé à la  SAPHIR  en  octobre  2013),  Sudéau  (filiale  du  groupe  SAUR,  née  du  partenariat  entre  la communauté d’agglomération du Sud et CISE Réunion depuis 2014) et la société Derichebourg, nouveau fermier identifié sur le territoire de Saint-Leu à partir de juillet 2017. Il existe 206 points de prélèvement, dont 114 captages dans les eaux de surface et 87 pompages dans les eaux souterraines. 21 unités de potabilisation assurent le traitement de l’eau. Le réseau de distribution s’étend sur 6 772 km de canalisation, et la capacité de stockage s’élève à près de 410 000 m3.

 

Au 1er janvier 2015, le bassin Réunion recense 365 104 abonnés au service d’eau potable. La consommation moyenne est de 194 m3 par abonné et par an à La Réunion, contre 160 m3 en moyenne nationale. Entre 2015 et 2016, le prix des services de l’eau affiche un léger recul, rompant ainsi avec la dynamique haussière constatée ces dernières années. La moyenne départementale du prix de l’eau, sur l’ensemble des communes, s’établit à 2,26 € TTC/m3 en  2016 contre 2,27 € TTC/ m3 en 2015 soit une baisse de l’ordre de 0,1 % contre une  augmentation de 6,6 % entre 2014 et 2015. Cependant, les disparités entre communes sont importantes. Les tarifs varient de 1,33 € TTC/m3, dans la commune de la Plaine des Palmistes, jusqu’à 3,03 € TTC/m3 pour la commune de Trois-Bassins. Par ailleurs, certaines communes ne sont pas raccordées au tout-à-l’égout. Si l’on se réfère aux seules communes raccordées à l’assainissement collectif, le prix de l’eau est plus cher et s’établit à 2,35 euros/m3 en moyenne.  Le prix moyen décroît continuellement jusqu’à une consommation annuelle de 180 m3 avant d’augmenter progressivement après ce niveau de consommation afin d’inciter aux économies d’eau. Un abonné au service public de l’eau, correspondant à un ménage composé en moyenne de trois personnes, dépense en moyenne 231,26 euros par an. La facture atteint 440,04 euros pour un ménage qui relève des services publics d’eau potable et d’assainissement collectif.

 

À La Réunion, plus de la moitié des abonnés sont alimentées en tout ou partie par une eau dont la qualité microbiologique n’est pas maitrisée en permanence, notamment lors des pluies. La Préfecture et l’ARS OI ont donc élaboré un plan d’action pluriannuel « eau potable », déclinaison du plan national annoncé lors de la conférence environnementale du 26 avril 2016, et les collectivités ont été mises en demeure de se mettre en conformité avec la réglementation et de construire des usines de potabilisation de l’eau d’ici trois ans. Des aides sont proposées afin de faciliter ces investissements. Les collectivités peuvent ainsi prétendre à plusieurs types de subventions, pour un montant total de 100 millions d’euros de travaux potentiels.

 

La problématique de l’eau potable pose aussi celle de la modernisation des réseaux de canalisations et des fuites occasionnées. Le SDAGE 2016-2021 recommande aux collectivités d’améliorer leur rendement (rapport entre la quantité d’eau sortie et celle introduite dans le réseau). Cet indicateur permet d’estimer les fuites d’eau pendant le transfert par les canalisations, depuis la mise en distribution jusqu’au robinet de l’usager. La loi Grenelle 2 et le décret du 27 janvier 2012 imposent aux collectivités le respect de performances minimales depuis le 31 décembre 2013, à savoir 85 %. Dans le cas contraire, la collectivité dispose de deux ans pour mettre en place un plan d’action de lutte contre les fuites. En 2015, 8 communes affichent un rendement supérieur à 65 % et le seuil de 75 % est atteint pour 3 d’entre elles (Le Port, Bras- Panon et l’Étang-Salé). Entre 2014 et 2015, le rendement s’améliore ou reste constant sur 9 communes.

 

La gestion des services d’assainissement est majoritairement communale. Seules deux communautés d’agglomération détiennent cette compétence : la CINOR et la CASUD. Cette dernière dispose également de la compétence de l’eau potable. Si la compétence en matière de collecte et de traitement des eaux usées et la distribution de l’eau potable restent pour l’heure dans le giron des communes, avec la loi NOTRe, elle devrait être transférée aux intercommunalités au plus tard au 1er janvier 2020. Ce qui pourrait avoir pour effet de retarder les délais de mise en conformité, certaines communes attendant un transfert aux intercommunalités pour un partage des coûts.

Vers une stabilisation des capacités de traitements des eaux usées

Un abonné sur deux est raccordé à un dispositif d’assainissement collectif, mais des disparités géographiques existent : 74 % de la population à la CINOR contre seulement 22 % des abonnés sur la communauté d’agglomération de la CASud. Seules les communes de Salazie, Plaine  des  Palmistes  et  Petite-Ȋle  sont  uniquement  en  zone  d’assainissement  non  collectif.  Le traitement des eaux usées est réalisé au travers des 16 stations d’épuration en fonctionnement que compte La Réunion au 31 décembre 2016. Parmi celles-ci, 7 sont gérées par la société SAUR- CISE1, 6 par VEOLIA EAU et 3 sont gérées en régie sans prestation de service. Un effort important de mise à niveau des systèmes d’assainissement collectif a été réalisé sur la période 2010-2015. Une nouvelle infrastructure est opérationnelle depuis mai 2016, à Saint-Leu, en remplacement de l’ancienne station. Au total 70 % du parc est âgé de moins de 5 ans. Seules deux stations (Cilaos et Entre-deux) ont plus de vingt ans et nécessitent une réhabilitation, et huit nécessitent des améliorations en termes d’équipement ou d’exploitation. La capacité de traitement n’a cessé d’augmenter,  passant  de  270 000  équivalents  habitants  (EH)  en  2009  à  660 000  EH  en  2015. Depuis, elle est plutôt stable et atteint 670 000 EH en 2016 et 676 000 en 2017. En 2016, le flux polluant moyen entré dans les stations d’épuration est équivalent à environ 400 000 EH (+3,5 % par rapport à 2015). La production de boues issues des systèmes d’épuration des eaux usées a doublé entre 2012 et 2016, année où elle atteint 6 517 tonnes de matière sèche.

 

Concernant l’assainissement non collectif, les obligations de la collectivité découlent des missions de contrôle et de diagnostic des installations domestiques qui ne sont pas desservies par un réseau public. Ces dispositifs peuvent contribuer potentiellement aux pollutions diffuses azotées vers les nappes souterraines. Cependant, la part de cette contribution est difficile à évaluer. Les territoires du Tampon et de Saint-Paul sont les secteurs les plus concernés par l’assainissement non collectif, mais la tendance est à la diminution au profit de l’assainissement collectif.